dimanche 6 avril 2014

Au temps des volontaires - 1792 : lettre n°16

A Sierck, le 22 janvier l'anIV de la liberté (1792), à 10h15 du matin, dimanche.
Bonjour, bonne mémère et bonne sœur. Je m'empresse de vous apprendre quelle est la destination de votre soldat. Il reste à Sierck pour je ne sais combien de temps encore. La moitié de notre compagnie qui est à Rodemack arrive ici mardi matin. Trois compagnies complètes du bataillon iront à Rodemak et il paraît qu'à la fin du mois une seconde compagnie viendra ici rejoindre la nôtre. Alors la compagnie de Picardie qui est ici retournera à Thionville et il n'y aura plus à Sierck que des volontaires. Tant mieux pour nous, car nous avons l'honneur d'être l'avant-garde de l'armée et nous défendrons bien notre poste. On ne sait pas encore s'il y aura d'autres compagnies dans les villages d'alentour.

Portrait de Mme Durival, dite "mémère", mère adoptive de Joseph-Louis-Gabriel NOEL


J'aurais bien voulu retourner à Thionville pour être plus prêt de mémère et de ma sœur. Notre correspondance eut été plus prompte. Mais d'un autre côté je serai plus tranquille à Sierck qu'à Thionville. Je suis accoutumé ici et Thionville serait un séjour tout nouveau. Thionville encore a un désavantage, pour les buveurs d'eau comme moi, c'est qu'il n'y a pas d'eau, si ce n'est de l'eau de rivière qui est fort sale… Enfin le plus grand avantage de Sierck, celui que nous devons estimer le plus, c'est que nous serons les premiers à recevoir l'attaque de nos ennemis, les premiers aussi à avoir le bonheur d'entrer dans leur pays. D'ailleurs, au seul point de vue du bien-être, il vaut mieux rester ici que d'aller en cantonnement dans les villages.

Voilà le rappel pour la messe qui se bat ; je vous quitte ; tantôt le soldat sera heureux d'avoir de vos nouvelles.

Source :  Au temps des volontaires - 1792, lettres d'un volontaire de 1792 (Joseph-Louis-Gabriel NOEL), par Gabriel NOEL, Plon-Nourrit, 1912

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