jeudi 21 novembre 2013

Au temps des volontaires - 1792 : lettre n°7

18 janvier 1792. Au corps de garde, mercredi, à 6 heures du matin. 

Bonjour, mémère. Voilà nos fumeurs qui fument leurs pipes. Ils ne font que cela. C'est une infection. Quel plaisir peut-on donc avoir à s’emplir la bouche et le gosier d'une fumée puante ? D’autres ont le goût singulier de mâcher du tabac. En vérité tabac dans le nez, tabac dans la bouche, tabac en fumée, c'est toujours une vilaine drogue ! Il n'y a presque pas de jeune volontaire qui ne fume comme les vieux soldats ; mais le vôtre espère ne jamais prendre cette mauvaise habitude.

Portrait de Mme Durival, dite "mémère", mère adoptive de Joseph-Louis-Gabriel NOEL

Je vous remercie des sept assignats de 5 livres que vous m'envoyez. Je n'en ai pas besoin. Je les conserverai, et toutes les fois que j'aurai besoin de quelque chose je vous le demanderai. Les assignats perdent horriblement dans ce pays-ci et, même en perdant, beaucoup de marchands n'en veulent pas. Quelque chose de 4 livres se paie 5 en assignats. Aussi en voit-on très peu dans le commerce. Il en est de même à Thionville et à Metz. En passant à Metz lors de mon arrivée, j'ai été dans la rue des Juifs, et tout le long de la rue j'ai été assailli par eux. Je croyais d'abord qu'ils voulaient me voler. Ils m'entouraient et me demandaient si je voulais de l'argent pour des assignats ou des assignats pour de l'argent. L'assignat perdait 18 ou 20 pour 100. Ils faisaient la même offre à tous les passants, et il y en avait bon nombre qui pour toute réponse leur donnaient un coup de pied dans le cul ; pour moi, j'ai trouvé cette réponse trop grossière et ne l'ai pas employée.

Ainsi, c'est convenu ; quand j’aurai besoin de quelque chose d'un peu considérable, je vous demanderai de me l'envoyer de Nancy par la diligence. Cela sera moins cher que de l'acheter ici. L'ordonnance porte que nous devons avoir deux culottes et deux vestes. Si nous entrons en cantonnement, j'en aurai besoin et je vous prierai de m’envoyer du drap pour les faire. Nous avons d'assez bons tailleurs. C'est une veste sans manches qu'il me faudra, mais cela n'est pas encore pressé.

Je vais déjeuner à votre santé en mangeant un gros morceau de pain.

Adieu.

Source :  Au temps des volontaires - 1792, lettres d'un volontaire de 1792 (Joseph-Louis-Gabriel NOEL), par Gabriel NOEL, Plon-Nourrit, 1912

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